RELIQUE II “Ordinateur”_

OEUVRES
Dans Empreintes du culte moderne, l’artiste s’intéresse à un matériau que l’on ne regarde jamais : les emballages en polystyrène. Ramassés au pied des immeubles parisiens, ils lui sont apparus comme les ombres portées de nos désirs. Fragiles, légers et trop spécifiques pour survivre à leur unique mission, ils disparaissent sitôt l’objet libéré. Leur existence se limite à une fonction — protéger — avant d’être oubliés. Ces formes furtives, pourtant presque immortelles dans leur matière plastique, révèlent en creux les paradoxes silencieux de notre époque.

Il recueille ces fragments comme des vestiges, puis engage deux gestes opposés mais complémentaires visant à saisir la forme du polystyrène dans sa totalité. Le premier geste s’attache à l’enveloppe : l’argile vient épouser la peau du polystyrène, ses reliefs, ses creux, ses lignes. Sous sa main, la forme glisse vers l’abstraction, se déplace, se réinvente. Une fois cuite et émaillée, la céramique devient une peau transfigurée : une interprétation de l’emballage où la matière adoucit, distord ou exalte les volumes originels en leur offrant une présence plus organique, presque vivante.

Le second geste explore le vide. Il coule du béton au cœur des cavités du polystyrène, le laissant s’insinuer dans ses moindres alvéoles. Ici, aucune interprétation : la forme surgit dans son exactitude la plus brute. Le négatif devient présence, un bloc dense, lourd, une silhouette façonnée par l’empreinte même du plastique — comme si le vide se solidifiait soudain en corps.

Ainsi, deux voies se répondent : l’une transforme l’enveloppe et en propose une lecture métamorphosée ; l’autre révèle l’intérieur, le vide, et le fige dans une présence compacte, presque brutale. Du déchet naît la permanence, de l’éphémère surgit le monument — tantôt réinventé, tantôt dévoilé dans sa vérité la plus nue.

Pour sacraliser ces formes anonymes, il accompagne chaque artefact d’un dispositif sobre, pensé comme une mise en rituel. À partir de deux surfaces perpendiculaires naît un espace dépouillé : un seuil entre le monde matériel et celui, invisible, auquel ces reliques pourraient appartenir. Cet espace devient autel, élevant et consacrant ce qui, la veille encore, n’était qu’un déchet. Du bois massif, matière noble et organique, puis du métal, symbole froid de l’ère industrielle, il fait surgir de petites chapelles. Chacune accueille sa relique selon une logique propre, comme un écrin façonné à son image. Elles deviennent les gardiennes silencieuses de fragments désormais intemporels.

Chaque sculpture possède ainsi son propre espace de dévotion. Qu’ils soient muraux ou émergents du sol, ces oratoires viennent hisser les objets de recueillement au niveau du regard. Dans cette liturgie silencieuse, ses œuvres deviennent les témoins d’une époque où la matière est à usage unique, où le désir ne dure que l’instant de la possession. Elles renvoient à un culte quotidien, diffus, dont nous sommes les fidèles involontaires.

En figeant les empreintes du polystyrène — matériau dérisoire, insignifiant, marginal — il révèle une spiritualité dissimulée, celle d’un monde où la matière la plus banale porte, malgré elle, la mémoire d’un désir. Empreintes du culte moderne se déploie ainsi comme une constellation de reliques contemporaines, fragiles et ironiques, témoins d’un rituel sans prêtre ni croyance, dont les traces persistent obstinément dans les rebuts de nos vies. Ces sculptures invitent à contempler ce que nous ne regardons jamais, à reconnaître dans l’insignifiant la profondeur d’un signe ou dans le déchet la possibilité d’une révélation.

DIMENSIONS
H 38,5 X L 20,5 X P 23 CM

MATÉRIAUX
Moulage en céramique émaillée (technique raku) issu d’un emballage en polystyrène, bois chêne massif, métal peint

LIEU
France, 2026

ARTWORK
In Imprints of Modern Cult, the artist focuses on a material we rarely notice: polystyrene packaging. Collected from the foot of Parisian buildings, these containers appeared to him as shadows cast by our desires. Fragile, lightweight, and too specific to outlive their sole purpose, they vanish as soon as the object is released. Their existence is limited to a single function—protection—before being forgotten. These fleeting forms, almost immortal in their plastic material, reveal the silent paradoxes of our time.

He gathers these fragments like relics, then undertakes two opposing yet complementary processes aimed at capturing the form of polystyrene in its entirety. The first process focuses on the outer layer: the clay molds itself to the polystyrene's surface, its textures, hollows, and lines. Under his hand, the form slips toward abstraction, shifts, and reinvents itself. Once fired and glazed, the ceramic becomes a transfigured skin: an interpretation of packaging where the material softens, distorts or exalts the original volumes, giving them a more organic, almost living presence.

The second gesture explores emptiness. Concrete is poured into the heart of the polystyrene cavities, allowing it to seep into its smallest cells. Here, there is no interpretation: the form emerges in its rawest precision. The negative becomes presence, a dense, heavy block, a silhouette shaped by the very imprint of the plastic—as if the void suddenly solidified into a body. Thus, two paths respond to each other: one transforms the outer shell and offers a metamorphosed interpretation; the other reveals the interior, the void, and freezes it in a compact, almost brutal presence. From waste, permanence is born; from the ephemeral, the monument arises—sometimes reinvented, sometimes unveiled in its naked truth.

To sanctify these anonymous forms, he accompanies each artifact with a simple, ritualistic display. From two perpendicular surfaces emerges a stark space: a threshold between the material world and the invisible realm to which these relics might belong. This space becomes an altar, elevating and consecrating what, just the day before, was mere refuse. From solid wood, a noble and organic material, and then from metal, the cold symbol of the industrial age, he creates small chapels. Each one houses its relic according to its own logic, like a reliquary fashioned in its image. They become the silent guardians of fragments now timeless. Each sculpture thus possesses its own space for devotion. Whether wall-mounted or emerging from the floor, these shrines raise the objects of contemplation to eye level. In this silent liturgy, his works bear witness to an era where matter is disposable, where desire lasts only as long as the moment of possession. They refer to a daily, diffuse cult, of which we are the involuntary followers.

By capturing the imprints of polystyrene—a derisory, insignificant, marginal material—he reveals a hidden spirituality, that of a world where the most banal matter, despite itself, bears the memory of a desire. The Imprints of Modern Worship thus unfold like a constellation of contemporary relics, fragile and ironic, witnesses to a ritual without priest or belief, whose traces persist stubbornly in the refutations of our lives. These sculptures invite us to contemplate what we never look at, to recognize in the insignificant the depth of a sign, or in refuse the possibility of a revelation.

DIMENSIONS
H 38,5 X L 20,5 X P 23 CM

MATERIALS
Glazed ceramic mold (raku technique) made from polystyrene packaging, solid oak wood, painted metal

LOCATION
France, 2026

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